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Le blog d'Action Française - Reims. Articles de l'AF et des restes du monde...

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Entretien avec Zohra Benguerrah et Hamid Gourai, de la Coordination nationale du mouvement de résistance harkie.

 

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Alors que les media ne cessent de culpabiliser la France de l’œuvre réalisée dans une Algérie qu’elle a créée par sa présence, allant jusqu’à prôner le terrorisme infanticide du FLN sur les chaînes du service public tout en faisant mine de pleurer sur le terrorisme islamiste qui vient de frapper notre pays, il est bon de publier cet entretien avec deux héros de la cause harkie, paru dans notre numéro spécial, toujours en vente dans les kiosques.

« UN ROI NE NOUS AURAIT PAS ABANDONNÉS. »

AF 2000 : Pourquoi nous voyons-nous ce matin, 8 mars 2012, devant le palais de justice de Paris ?

Zohra BENGUERRAH : Nous sommes convoqués à la XVIIe chambre correctionnelle pour avoir diffusé en 2009 trois tracts qui n’ont pas plus au pouvoir parce qu’ils dénonçaient l’injustice que nous subissons depuis cinquante ans et appelaient à boycotter l’UMP aux élections régionales de mars 2010. Nicolas Sarkozy s’était en effet engagé le 31 mars 2007 à reconnaître officiellement l’abandon, le désarmement et le massacre des harkis. Or il ne l’a pas fait. Il faut préciser que la Coordination ne demande pas d’argent : elle veut la reconnaissance officielle que nos pères étaient des militaires français qui se sont battus pour leur pays, lui sont restés fidèles et que ce ne sont pas eux qui ont trahi, mais bien le gouvernement de l’époque qui les a trahis, en enfermant ceux qui avaient réussi à rejoindre la France avec leur familles dans des camps éloignés des villes, entourés de fil de fer barbelés et où nous avons eu faim et froid. La plainte du gouvernement, parce qu’elle est dirigée contre une communauté dans son ensemble, est un acte politique. Les harkis ont constitué en 2007 un gibier électoral mais c’est bien fini.

Hamid GOURAI. Nous sommes la deuxième génération, à la fois enfants de la guerre et de la double trahison du gouvernement français : sur place lors de l’indépendance, où une grande partie des harkis, parce qu’ils avaient été fidèles — trop, peut-être ?— à la France, a été abandonnée voire livrée à leurs assassins ; en métropole ensuite, pour ceux qui avaient réussi à s’y réfugier avec leurs familles, lorsque le pouvoir gaulliste les a parqués dans les camps de la honte. Or, depuis 1962, il n’y a eu aucune avancée parce que tous les présidents de la république et tous les gouvernements successifs n’ont jamais tenu leur parole à notre égard, Sarkozy compris.

AF 2000 : La Ve république, après avoir laissé massacrer vos parents ou les avoir parqués, persécute donc aujourd’hui leurs enfants.

Zohra BENGUERRAH. La Ve République nous a toujours méprisés.

Hamid GOURAI. Si nous sommes aujourd’hui poursuivis, c’est notamment parce que nos tracts ont accusé M. Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, et la préfecture de police de Paris de harcèlement lors de notre manifestation statique illimitée de 2009 — nous avons tenu plus de sept mois ! — place Edouard-Herriot, devant le Palais-Bourbon, un harcèlement visant à nous priver du droit, pourtant garanti par la constitution, de manifester et de nous exprimer. Cette manifestation visait à rappeler aux députés les engagements du candidat Sarkozy devenu président de la république à l’égard des harkis. Si les autorités se sont très mal comportées à notre endroit, c’est parce que nous défendons la cause de nos pères qui ont souffert.

Zohra BENGUERRAH. Parce que nous ne sommes ni des voyous ni des délinquants, c’est un honneur pour nous d’être cités devant la XVIIe chambre : cela nous permettra de faire le procès du gouvernement de l’époque et du général De Gaulle. Nous allons rafraîchir la mémoire à ceux qui ont porté plainte : les hommes politiques d’aujourd’hui ne sont-ils pas les successeurs, parfois même les enfants des responsables de 1962 ? Mais je sais qu’ils n’auront pas le courage d’affronter notre regard.

Comment Sarkozy peut-il se permettre aujourd’hui de donner des leçons à la Turquie ? Si je comprends le légitime combat des Arméniens, le gouvernement français ne devrait-il pas d’abord balayer devant sa porte ? Dire qu’il a osé ouvrir un débat sur l’identité nationale avant même d’avoir réglé la question harkie ! Nous rappellerons devant la XVIIe chambre qu’en 1962, le pouvoir français a abandonné à l’ennemi des soldats français, dont la plupart n’avaient pas vingt ans. Certains, plus âgés, avaient fait aussi la guerre d’Indochine. « Mon capitaine, tu m’abandonnes pas ! », disaient-ils à leurs officiers. Mais De Gaulle les a bien abandonnés et son successeur a menti à leurs enfants en ne respectant pas ses engagements. Sarkozy, nous voulons qu’il parte !

Nous sommes déterminés à poursuivre la lutte. C’est mon père, militaire de carrière, qui m’a appris à lire et à écrire. C’était un berbère. Il aimait à répéter : « Je suis français et je ne regrette rien ». Le père d’Hamid était policier. Nous connaissons le droit. Nous ne lâcherons pas, pour la mémoire de nos pères, pour la mémoire, aussi, de ceux de mes frères et sœurs qui ont été assassinés en Algérie : j’ai vu mourir la dernière. C’est mon combat. Que ceux qui ont porté plainte contre nous viennent nous dire en face en quoi nos tracts leur ont fait mal. Nous reconnaissons chacun des mots employés car ils expriment notre souffrance. Nous persistons et signons. Je peux même vous annoncer qu’il y aura d’autres tracts. Nous nous battons pour notre honneur et notre dignité.

AF 2000 : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le 19 mars 1962 ?

Zohra BENGUERRAH. De Gaulle nous a déracinés de notre terre en vendant l’Algérie : quand je dis “nous”, j’englobe les pieds-noirs et les harkis dans le même combat et la même douleur. Du reste, à voir aujourd’hui les Algériens si nombreux en France, on peut se demander s’ils voulaient vraiment l’indépendance. Il fallait garder l’Algérie, il ne fallait pas la lâcher. Militairement et politiquement, la France avait gagné. Un roi ne nous aurait pas abandonnés !

Comme nos pères l’ont porté, nous aussi nous avons porté par tout le pays le drapeau français lors de la marche que nous avons effectuée à travers toute ma France, l’été dernier, pour faire connaître notre combat du reste de nos compatriotes. Nous avons pris le chemin de l’histoire et il nous a conduits jusqu’à la tombe de Bastien-Thiry, qui est un père pour nous, car il a donné sa vie pour l’Algérie française.

Il faut d’ailleurs en finir avec le mot “harkis” : c’est le pouvoir qui nous a appelés ainsi. Aujourd’hui, le mot “harki” signifie “traître” : nos pères n’étaient pas des traîtres, c’étaient simplement des militaires français fidèles à leur patrie. Les “harkis”, ce sont les dirigeants de l’époque. Il faut effacer ce mot.

AF 2000 : Quels sont vos soutiens ?— le nôtre va sans dire...

Zohra BENGUERRAH. Les associations de pieds-noirs et de fils de harkis. Mais ces derniers sont parfois déboussolés. Nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui ont la double nationalité. Je suis retournée une seule fois, en 1988, à Alger. J’ai eu du mal à passer la douane, avec mon passeport français, parce qu’ils avaient deviné qui j’étais. Je me suis sentie étrangère là-bas. Ce n’est plus la même Algérie. Je n’ai pas reconnu Alger-la-Blanche. Mais je tenais à aller sur la tombe de mes frères et sœurs assassinés. Je pense à eux tous les jours : ils ont comme grandi avec moi.

Hamid GOURAI. Nous ne lâcherons pas jusqu’à ce que nous ayons réussi à faire admettre aux hommes politiques la vérité historique. C’est très important parce que trop d’enfants de harkis, privés d’études ou de formation, vivent aujourd’hui dans la précarité, laissés à l’abandon par les services sociaux. Avoir grandi dans un camp ne donne pas les mêmes chances qu’aux autres !

AF 2000 : Êtes-vous toujours victimes de discriminations ?

Zohra BENGUERRAH. Mon frère cherche un logement : il est malade et a trois enfants. Comme il est fils de harki, les HLM le font passer après les Marocains et les Algériens. Nous, nous devons nous battre pour faire respecter nos droits alors que nous sommes chez nous.

La France, c’est mon pays, je l’aime.

Propos recueillis pas François Marcilhac

N.B. : Les avocats de Zohra Benguerrah et Hamid Gourai ne possédant pas les conclusions de leurs adversaires, la XVIIe chambre correctionnelle a finalement décidé de reporter le procès au 26 octobre prochain... Affaire à suivre !

Un film à voir : « Harkis, histoire d’un abandon », mêlant images d’archives et entretiens avec des harkis, des enfants de harkis et des officiers, ce film, qui revient sur l’histoire de l’Algérie depuis ses origines, raconte la tragédie de la guerre en insistant sur la trahison commise envers ceux qui s’étaient engagés par amour de la France.

Le DVD peut être commandé à l’ECPAD, 2 à 8 route de Fort, 94205 Ivry-sur-Seine Cedex ou à Valmonde-Diffusion, 5 rue Saint-Georges, 75009 Paris.

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