Le blog d'Action Française - Reims. Articles de l'AF et des restes du monde...
« La “repentance” que la gauche exige, c’est une culture de la haine de soi et du reniement. Nous refusons un tel suicide collectif. Le multi-culturalisme que la gauche promeut, c’est la négation de notre identité de Français, d’Européens, d’Occidentaux, d’héritiers de Jérusalem, d’Athènes et de Rome.
C’est aussi la mort de l’altérité et de la frontière intime. Nous refusons ce cosmopolitisme qui ferait de la France un agrégat de communautés aigrement rivales dans un open-space sans mémoire. Il sonnerait le glas de nos attaches culturelles les plus profondes et ferait peser sur notre descendance la menace d’une désintégration du corps social… Le féminisme made in USA et le militantisme « gay » de la gauche conspirent à l’instauration d’un androgynat, selon cette logique de l’indifférencié qui récuse l’altérité des genres. Pour nous, un homme n’est pas une femme, une paire n’est pas un couple et dans une cité civilisée, l’individu n’a pas tous les droits, il doit prendre en compte son héritage et sa postérité… »
Voilà quelques-uns des propos de l’écrivain Denis Tillinac publiés récemment par le site Atlantico.
Pour des raisons différentes, de Denis Tillinac nous avons aimé Le Dieu de nos Pères (Bayard, 2004), Le Dictionnaire amoureux de la Franc (Plon, 2008) et Le Dictionnaire amoureux du catholicisme (Plon, 2011). Aussi attendions-nous son dernier ouvrage avec intérêt. En preux chevalier amoureux des causes prétendument perdues, Denis Tillinac nous délivre des considérations inactuelles, sous-titrées scandaleusement antimodernes. Comme Dominique de Roux en sont temps, Tillinac nous propose un recueil de sentences et de pensées dans lequel il nous entretient de ses goûts et dégoûts, notamment de la société post-soixante-huitarde qu’il rejette d’un seul bloc. A qui s’adresse un tel ouvrage ? Aux conservateurs et aux lecteurs du Figaro qui apprécient sa plume nostalgique ? sans nul doute. Mais l’ouvrage semble avant tout destiné aux jeunes qu’il veut mettre en garde contre les fausses-lunes, les passions éphémères et la vulgarité ambiante. Il va même jusqu’à souhaiter « qu’une autre génération ne se laisse pas flouer comme la sienne ». Tillinac s’en prend à une génération passée de la case « gaucho » de pacotille à « bobo », qu’il estime bien peu mais dont il fait partie, sans s’en rendre vraiment compte. L’inconvénient de ce livre fourre-tout, c’est qu’on passe d’envolées lyriques à des naïvetés déconcertantes. Tillinac souhaite l’émergence de nouvelles élites, nous sommes d’accord, et comme lui, nous sommes attachés au code d’honneur et à la chevalerie.
Par contre, quand notre homme demande aux jeunes de s’engager derrière « celui qui semble capable de plaquer illico les palais officiels pour s’adonner à une autre passion », nous voyons poindre l’homme de droite qui pense bien évidement à Chirac ou Sarkozy, que l’écrivain a soutenus. Tillinac est un grand naïf lorsqu’il écrit : « ni l’économie ni la finance ne sont les ennemis du genre humain ». On parie ? Mieux encore : « Ne perds pas ton temps à contester la société dite de consommation ou du spectacle : déserte-là ». Facile à dire, lorsqu’ils sont des milliers à survivre à peine. Plus qu’une petite lâcheté, la désertion est un luxe. Cet esprit boy-scout, un peu primaire nous lasse, tant l’exercice à été fait des dizaines de fois.
La lecture du bréviaire de Tillinac est l’occasion de découvrir une France fantasmée. Son côté « insolence » le pousse à défendre Churchill, de Gaulle, et Don Quichotte… c’est vraiment du grand courage que tout cela ! Mais nous ne pouvons qu’applaudir lorsqu’il souhaite un « halo de religiosité » qui nimberait la moindre de nos émotions et conspue en vrac l’art contemporain, les psys, le cosmopolitisme, l’égalitarisme et les masses dangereuses. Son analyse politique est un peu courte, mais nous le suivons plus volontiers sur le terrain des affinités littéraires et des mélancolies. Il y a peu d’écrivains qui vantent si bien les vertus de la solitude ou de ce merveilleux triptyque composé de l’amour, de la liberté et de la poésie.
François-Xavier Présent - L’AF 2838
Denis Tillinac, Considérations inactuelles, Plon, 150 pages, 16 euros.