Le blog d'Action Française - Reims. Articles de l'AF et des restes du monde...
Certes, il semblerait que plus c’est gros et mieux ça passe. Il n’en reste pas moins que les dernières propositions de Sarkozy traduisent sur le plan politique le retour de la nation. Les journalistes évoquent sa volonté de séduire la “France du Non” (au traité constitutionnel de 2005). C’est évident.
Mais la question n’est pas là. Elle est : pourquoi Sarkozy entend-il séduire cet électorat-là alors même que le pays légal, droite et gauche confondues, avaient fomenté avec une touchante unanimité, en 2007, le coup d’Etat du traité de Lisbonne ?
Déjà, sur le plan économique, “Produire français” était devenu, il y a quelques mois, une préoccupation prioritaire, de Marine Le Pen proposant une loi “Achetons français” à Bayrou souhaitant un label “Produit en France”, en passant par Hollande qui défendait le “patriotisme industriel” ou Sarkozy, désireux de créer un label “Origine France Garantie”.
A l’époque, via un communiqué, l’Action française s’était félicitée de voir « après des décennies de dérégulation et de mondialisme ravageur, nos hommes et femmes politiques enfin revenir aux fondamentaux que sont la recomposition du tissu industriel de la France et la défense des intérêts économiques des Français ». Toutefois, se demandait-elle, comment croire Bayrou, Hollande et, a fortiori, Sarkozy aux commandes depuis cinq ans, « à partir du moment où ils ne remettent pas en cause la machinerie européenne, qui livre nos économies aux marchés et à la concurrence déloyale à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Union, souhaitent poursuivre la catastrophique expérience de l’euro jusqu’au dernier Européen vivant et continuent de prôner l’idéologie immigrationniste, les immigrés étant à la fois les victimes et le bras armé de la mondialisation » ?
Or voilà-t-il pas que Nicolas Sarkozy semble enfin s’attaquer aux dogmes de l’Europe ultralibérale ! Faisant subitement de celle-ci son bouc-émissaire, entre son show de Villepinte à trois millions d’euros et ses gesticulations télévisuelles, il a proposé, laissant la Commission européenne pantoise, trois mesures choc : sommant ses partenaires d’ériger l’Europe en rempart contre la mondialisation par l’adoption d’un “Buy European Act” sur le modèle américain, il veut réserver les fonds publics européens aux entreprises produisant sur le continent ; exigeant de l’Union qu’elle lutte enfin de manière efficace contre l’immigration clandestine, il exige une réforme des accords de Schengen, menaçant de ne plus les appliquer unilatéralement s’il n’obtient pas satisfaction au plus tard au printemps 2013 ; enfin, liant la fiscalité non plus à la territorialité mais, toujours selon le modèle américain, à la nationalité, il a annoncé que les exilés fiscaux — mais non les expatriés pour raison professionnelle — devront rembourser à la France ce qu’ils ont payé en moins en impôts à l’étranger et ce, afin de lutter à la racine contre l’évasion fiscale devenue sans intérêt. Or cette mesure, même limitée aux exilés, nécessiterait de revoir les conventions fiscales signées entre la France et ses partenaires — argument opposé à Jérôme Cahuzac, président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée nationale, lorsque celui-ci avait proposé, fin 2010, une mesure semblable, qu’il conviendrait de rendre compatible avec le droit européen ...notamment en matière d’égalité devant l’impôt. Bref, de gros chantiers en perspective, prouvant que l’Europe, loin d’être la solution, est bien le problème.
Les deux premières mesures étant approuvées, si on en croit les sondages, respectivement par 76 % et 59 % des Français, certes, Sarkozy aurait eu tort de se priver et on comprend que Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, ait aussitôt estimé que le candidat élyséen tenait un discours visant « à parler aux électeurs du Front national ».... Car si l’adoption d’une loi permettant de réserver les marchés publics européens aux PME du continent fait l’unanimité, non pas en Europe, mais ...à l’UMPS, sous réserve, du reste, de réciprocité pour ne pas attirer les foudres de l’OMC — et les Etats-Unis, direz-vous ? ils ont la chance d’être indépendants, eux —, en revanche, la — timide — révision de Schengen, déjà entamée depuis de longs mois à la demande de la France mais dont, apparemment, Claude Guéant se désintéresse en brillant par son absentéisme aux réunions de concertation, choque le même Benoît Hamon : « On a la poursuite de l’obsession de Guéant-Sarkozy-Fillon-UMP sur l’immigration », a-t-il jugé, exprimant la pensée du candidat de ...Terra Nova. La gauche mondialiste a du reste aussitôt dégainé son arsenal “européen” : pour l’eurobéat Jean Quatremer (Coulisses de Bruxelles, 12 mars), « suspendre sa participation aux accords de Schengen est impossible sans quitter l’Union, Schengen étant intégré dans les traités européens depuis 1997 »... Comme si les traités n’étaient pas faits pour être renégociés... Toujours agiter le chiffon rouge du « j’accepte tout ou je pars », afin de mieux convaincre les peuples de se taire et de subir !
Toutefois, pourquoi l’oligarchie européenne aurait-elle peur des gesticulations sarkozystes ? Comme Hollande rassurant, à Londres et en anglais, les marchés aussitôt après les avoir attaqués devant des Français crédules, il est clair que Sarkozy ne saurait inquiéter des partenaires qui ont déjà mesuré la teneur électoraliste de promesses qui n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Outre que, sur le plan politique, le projet, partagé par les socialistes, d’une préférence commerciale européenne n’aurait qu’un intérêt limité, car elle ne permettrait pas d’éviter la concurrence déloyale à l’intérieur de l’Union — c’est pourquoi Marine Le Pen a raison de prôner la même mesure, mais au plan national —, depuis cinq ans, jamais Sarkozy, qui aurait pourtant dû s’attaquer à ces problèmes bien plus tôt, n’a pris le risque de fâcher ses partenaires européens sur quelque sujet que ce soit. Au contraire, il a toujours été d’une servilité exemplaire à l’égard de la machinerie européenne, qui s’agisse des nouveaux traités, qui nous menottent toujours davantage, ou de l’immigration, qu’il n’a cessé de favoriser dans les faits tout en la dénonçant en paroles. N’a-t-il pas joué, par exemple, double-jeu au moment des arrivées massives de migrants irréguliers sur l’île de Lampedusa ? Ainsi, le 24 mai 2011, Claude Guéant déclara devant la Commission des affaires européennes de l’Assemblée avoir promis aux autorités tunisiennes, pour les inciter à lutter contre l’immigration irrégulière, ...de « faciliter les modalités d’immigration légale » !
Certes, il convenait d’engranger des voix avant l’entrée en lice officielle de Marine Le Pen : c’est chose faite puisqu’elle a ses 500 signatures. Toutefois, par delà les mensonges électoralistes, comment ne pas voir que pour nos concitoyens la nation reste primordiale ? Un autre sondage indiquait il y a peu que 56 % des Français souhaitaient le renforcement des pouvoirs nationaux face à Bruxelles, soit un pourcentage encore supérieur à celui recueilli par le “non” en 2005. Le réalisme se joignant au patriotisme, les troupes de ce qu’on appelle la “France du non”, loin de fondre, se consolident. Aidez l’Action française à y concourir de toutes ses forces !
François Marcilhac - L’AF n° 2836