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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 18:05

Tribune libre de Christian Vanneste*

Christian VannesteOn doit à Charles Maurras l’opposition régulièrement rappelée entre le pays réel et le pays légal. Pour le coup, ce penseur politique avait vu juste. Sa critique de la IIIème République, appuyée sur une bureaucratie centralisée et une caste politique relativement stable, dénonçait le fossé qui séparait le pays légal, celui du gouvernement, dominé par des partis et des familles de pensée, du pays réel, celui du peuple enraciné dans les provinces et la diversité économique et culturelle de celles-ci. Le pays légal dirige en fonction de ses préoccupations. Le pays réel vit et travaille. Ses priorités ne sont pas celles des dirigeants politiques. Encore, la plus longue de nos Républiques, pour quelques années encore, avait-elle choisi le scrutin de circonscription pour les élections législatives qui oblige, en principe, les députés à s’attacher au territoire qu’ils représentent. Ce mode de scrutin, contrairement à ce que disent certains, est une concession du pays légal au pays réel. Le scrutin proportionnel est la projection du rapport de force entre des opinions, à un moment donné. Il permet à des candidats, choisis par le parti, et placés en bonne position sur la liste en fonction de leur allégeance, d’imposer les idées d’un parti pendant le temps de leur mandat, même si les opinions des électeurs ont radicalement changé. Comme ce type d’élections favorise la multiplication des partis, il présente une dérive plus grave qui consiste pour ceux qui sont toujours élus à nouer des alliances baroques et évolutives qui n’ont plus de rapport avec le souhait des électeurs. Ce système conduit à la fois au nazisme et à « l’histoire belge » de la politique chez notre voisin du nord.  Une fois écartée cette fausse solution, il reste à prendre conscience de l’imperfection du fonctionnement actuel de nos institutions.

 

La guerre avait amené une nouvelle génération, souvent sélectionnée par le courage de l’engagement. Le général De Gaulle, notamment à travers les référendums, avait voulu dépasser la politique des partis. Une fois l’homme providentiel disparu, le régime des partis a totalement repris le pouvoir. Il avait toutefois connu une évolution qui paraissait positive : comme les grandes démocraties anglo-saxonnes en avaient ouvert la voie, l’alternance de deux grandes formations politiques. Une élection territoriale, et l’existence de primaires au sein des partis permettaient un équilibre entre l’enracinement, et l’évolution des idées. C’est ainsi que les néo-conservateurs s’étaient imposés aux USA. Cela n’a pas eu lieu en France où le maintien de différents modes de scrutin et la domination d’une pensée unique ont transformé l’UMP , gaulliste, démocrate-chrétienne et libéral-conservatrice, en un parti eurolâtre, laïcard et qui a lourdement contribué à l’augmentation de la dépense publique. Cette formation a la puissance de l’appareil. La création de l’UDI ne lui porte pas ombrage, puisque sur le plan des idées, toutes deux ressemblent à ce qu’était le parti radical, assoiffé de pouvoir, dominé par des courants de pensée qui ne sont justement pas ceux des trois familles qui sont à l’origine de l’UMP. L’hostilité pavlovienne au Front national, quelques soient les changements qui s’y produisent, est révélatrice d’un rivalité de boutique parcourue par des consignes venues d’ailleurs.

« La Suisse, la moitié des Etats-Unis y ont recours. L’Allemagne et l’Italie le pratiquent d’une manière plus limitée. Cameron l’envisage. »

La fracture entre le pays réel et le pays légal s’accroît sans cesse. L’oligarchie politique, administrative, médiatique a choisi l’Europe technocratique, approfondie et élargie, ouverte aux quatre vents des importations, de l’immigration, des trafics en tous genres et de la perte d’identité. Elle a choisi le chômage, en maintenant une dépense publique et des prélévements obligatoires disqualifiants pour notre économie. Elle est favorable à des réformes sociétales concoctées dans le chaudron parisien qui détruisent notre tissu social et dont l’immense majorité des Francais se moquent éperdument, quand ils n’y sont pas hostiles. Le cri de guerre de la caste qui nous gouverne est : non au populisme ! C’est un double aveu. D’abord, il est curieux que les responsables d’une démocratie stigmatisent le peuple à travers cette expression, le peuple, c’est-à-dire  les « beauf », les « petits blancs ». N’est-ce pas là l’expression d’une réaction « nobiliaire », une de celles qui précèdent les révolutions ? Ensuite, « populiste » est l’un de ces mots orwellien dont le but est d’exclure du débat un discours, non en le combattant avec des arguments, mais en la marquant d’infâmie pour le rendre infréquentable. Fasciste, raciste, xénophobe, homophobe sont de la même famille, rappelant les heures sombres de l’Histoire et interdisant de proche en proche à travers l’amalgame toute contestation de la pensée unique. L’un des signes les plus évidents de ce refus de démocratie réelle face par l’oligarchie légale réside dans sa réticence à l’encontre du référendum. On en écarte la possibilité au nom d’arguties juridiques fallacieuses et par peur politique véritable sur la question du mariage. On contourne au Parlement les choix du peuple souverain sur l’Europe. On s’échine à limiter la possibilité du référendum d’initiative partagée inscrit dans la réforme constitutionnelle de 2008. Le référendum d’initiative populaire est, poutant, le seul moyen d’éviter l’explosion de la marmite. La Suisse, la moitié des Etats-Unis y ont recours. L’Allemagne et l’Italie le pratiquent d’une manière plus limitée. Cameron l’envisage. Il est symptômatique, en France, que ceux qui se présentent parfois comme les continuateurs du gaullisme aient renoncé, en réalité, à la démocratie directe qui était une des pensées les plus importantes du Général.

 

*Christian Vanneste est un ancien député UMP du Nord.

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Les Royalistes dans la Résistance

Conférence de Marc Savina (vidéos)

Les vendredis soirs, à l’exception des périodes de vacances, le Centre Royaliste d’Action Française (10, rue Croix-des-petits-champs) ouvre ses portes à tous pour des conférences gratuites sur des sujets historiques ou d’actualité. Pour vous tenir informé des conférences à venir, reportez vous à la partie agenda du site, et pour savoir à quoi ressemblent ces conférences, jetez donc un œil à celle-ci qui traite brillamment de ce sujet méconnu : les royalistes dans la résistance !

 

 

Jean-Baptiste Biaggi, résistant et membre de l’Action française

membre de l’Action française

Jean-Baptiste Biaggi, résistant et membre de l’Action française

A l’image des jeunes lycéens qui manifestèrent le 11 novembre 1940, c’est de l’Action française que vinrent les premiers résistants. Des noms comme ceux d’Estiennes d’Orves ou du maréchal Leclerc sont dans toutes les mémoires. D’autres, moins connus et innombrables, prouvent qu’il était possible, si ce n’est logique, d’être résistant quand on était royaliste.

 

Comment avez-vous connu l’Action française ?

Jean-Baptiste Biaggi : dans mon petit village de Cagnano, en Corse, il y avait un curé, Ange Giudicelli, qui était maurrassien. Il y avait aussi un marin retraité abonné à l’Action Française. Je lisais donc l’Action Française, malgré l’interdiction du vatican. Ensuite j’ai été étudiant d’Action française et délégué de l’Action française à la faculté de droit. et c’est moi qui à ce titre, faisais le discours de bienvenue de Charles Maurras qui tous les ans, venait présider le banquet des étudiants d’Action française. J’assistais régulièrement à ses conférences.

Quel fut votre parcours dans la Résistance ?

 Jean-Baptiste Biaggi : Durant la guerre, j’ai combattu, j’ai été blessé. Déclaré inapte à tout service, j’ai passé ma convalescence à Marseille, où je marchais avec deux cannes. C’est là que, par hasard, je rencontre Alain Griotteray. Nous sympathisons et il me demande d’organiser des passages de courriers, de renseignements vers l’Afrique du Nord. A partir de 1942, j’ai organisé le passage par l’Espagne de volontaires. Je continuais aussi à fournir du renseignement. Vous savez, le renseignement, c’est beaucoup plus utile qu’un petit meurtre à la sortie d’un métro parisien. Et puis ça ne provoque pas de représailles sur la population. On se fait prendre, on est fusillé, tout au plus avec ses complices. Mais le charcutier du coin et l’institutrice du village voisin, ils n’ont rien.Je suis allé quelques fois à Vichy, pour faire du renseignement. J’y ai rencontré un ancien camarade de Droit, Joseph Barthélémy, devenu ministre de la Justice de Vichy. Il m’a dit : "A Vichy, il y a plus de résistants que partout ailleurs !"

Ensuite, j’ai été arrêté et mis dans un train de déportation vers Bergen-Belsen. De ce train, je me suis évadé, grâce au corset médical qui me maintenait depuis mes blessures au ventre et au dos. Grâce à l’abbé Le Meur, et à la complicité d’un gardien du camp qui voulait déserter, j’ai remplacé les baleines du corset par des scies à métaux et un tournevis.J’ai ensuite organisé une évasion massive du convoi. Durant le transport, nous sommes quarante-cinq à avoir tenté et réussi l’évasion ! Pour cela, nous avons dû maîtriser les autres prisonniers qui menaçaient de nous dénoncer aux SS ! J’ai repéré le meneur, j’ai saisi mon tournevis, le lui ai mis sur le ventre et je lui ai dit : "Maintenant tu fermes ta gueule ou je te crève !" Il a compris. A cinq, nous avons gagné un petit village, où nous avons été hébergés et cachés par le jeune curé de la paroisse. Puis nous nous sommes procurés de faux papiers grâce à ce curé et au maire corse du village ! Nous avons même dormi dans les salons de la préfecture !De retour à Paris, j’ai repris mes activités à Orion jusqu’à la fin de la guerre. Puis j’ai rejoint les Commandos de France.

La doctrine maurrassienne a-t-elle influencé votre engagement dans la résistance ?

J.-B. Biaggi : c’est véritablement la haine des Allemands qui a motivé mon engagement. L’amour de mon pays martyrisé par ceux que nous appelions "les Boches", et la germanophobie en soi. Il n’y a pas eu de complication dialectique ou intellectuelle, comme chez certains qui ne résistent qu’à partir de 1941 par pure stratégie idéologique. Nous avons eu l’instinct de la Résistance, car Maurras nous avait parfaitement formés. Les Allemands étaient chez nous ; ils ne devaient pas y rester. Donc il fallait les chasser. C’est ce à quoi nous nous sommes employés. Nous avons tenté de toutes nos forces, de chasser les envahisseurs. Ce dont nous avions conscience, c’est de l’intérêt supérieur du pays. C’est ça, le fond de la doctrine maurrassienne. Que Maurras ait eu une autre méthode que nous pour remédier à la crise, c’est conjoncturel. Je le dis très franchement et même fièrement : j’ai toujours été maurrassien ; je le suis toujours resté ; et à mon âge, je crois bien devoir vous dire que je le resterai toujours. La Résistance était un réflexe patriotique. L’école politique qui enseignait le patriotisme au plus haut degré, c’était l’Action française.

 

Un dernier mot sur Maurras ?

J.-B. Biaggi : Il faut raconter une anecdote de Marcel Jullian répondant à un proche du général De Gaulle qui, après la victoire, lui reprochait son attachement à Maurras, coupable d’intelligence avec l’Allemagne : "Vous avez très mal choisi, monsieur. Maurras avait toutes les formes possibles de l’intelligence, sauf celle là !"

 

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